Construire une terrasse en bois : lambourdes, jeu entre lames et fixation
Une terrasse en bois reste à plat sous la pluie, sèche lentement et se piétine tous les jours. En France, sa conception relève du NF DTU 51.4 « Platelages extérieurs en bois ». Ce guide résume les valeurs pratiques du guide professionnel de la filière : essences, hauteur, lambourdes, jeu entre lames, vis et entretien – et montre où s’arrête une terrasse de plain-pied.
Ce que doit supporter une terrasse en bois
Un platelage extérieur est un revêtement de sol posé sur des lambourdes ou des solives. Sa conception et sa mise en œuvre sont décrites par le NF DTU 51.4 (version de décembre 2018) ; les exigences de fabrication des lames figurent dans la norme NF B 54-040. Le « Guide de conception et de réalisation des terrasses en bois », réalisé par la filière avec l’institut technologique FCBA et financé notamment par France Bois Forêt, en reprend les règles sous forme pratique. Les valeurs ci-dessous en sont tirées.
Dans la classification des classes d’emploi (EN 335), la terrasse en bois relève de la classe 3.2 : bois exposé aux intempéries, sans contact avec le sol, mais souvent humide. Lignum, l’organisation de l’économie suisse du bois, la cite expressément comme exemple de cette classe. Le but de la préservation par la conception est de maintenir l’humidité moyenne du bois sous 20 %.
- Évacuer l’eau : jeu entre lames, pente du support, pas de flaque sous le platelage
- Ventiler : garder un vide d’air sous les lambourdes
- Réduire les points de piégeage : bouts de lames, interfaces lame / lambourde et lambourde / support
Choisir l’essence : duramen, durabilité et aubier
Le guide est clair : l’aubier n’est jamais durable. Les essences non traitées ne s’utilisent que purgées d’aubier. Il distingue deux familles pour les essences tempérées :
| Essence | Classe 3.2 (terrasse) | Classe 4 |
|---|---|---|
| Douglas, mélèze, purgés d’aubier | oui | non |
| Chêne, châtaignier, robinier, purgés d’aubier | oui | oui (hors sol, ni enfoui ni au contact du sol) |
| Pin sylvestre ou maritime traité classe 3.2 | oui | non |
| Pin sylvestre ou maritime traité classe 4 | oui | oui |
La classe d’emploi à retenir pour les lames et les lambourdes dépend aussi du climat local (nombre de jours de pluie par an) et du niveau de conception ; le guide fournit un tableau pour la déterminer. Le chêne et le châtaignier peuvent laisser des coulures de tanins sur les ouvrages voisins. Lignum signale aussi les bois modifiés (traités thermiquement ou chimiquement) comme alternative avec un retour d’expérience satisfaisant pour les terrasses.
Le guide fixe aussi, par essence, une épaisseur minimale et un élancement maximal (largeur / épaisseur) des lames : 21 mm d’épaisseur minimale et un élancement de 6 au plus pour le douglas, le mélèze et le pin ; 22 mm et 5 pour le chêne et le châtaignier ; 22 mm et 4 pour le robinier. Une lame trop large pour son épaisseur se déforme davantage.
Hauteur, ventilation et écoulement de l’eau
Le NF DTU 51.4 vise les terrasses dont le dessus des lames se trouve au plus à 1 m au-dessus de la surface sous-jacente. Au-delà, le platelage devient un plancher structural, qui relève du NF DTU 31.1 (charpente en bois). Le guide propose le choix de la technique selon la hauteur disponible :
| Hauteur disponible | Technique courante |
|---|---|
| env. 7 à 12 cm | lames sur lambourdes sur dalle ou sur plots enfouis |
| env. 12 à 30 cm | lames sur lambourdes sur plots polymères, ou lames sur solives sur plots enfouis |
| env. 30 à 100 cm | lames sur solives sur une structure, dessus des lames ≤ 1 m |
Sur une dalle béton réalisée pour la terrasse, le guide demande une pente supérieure à 1,5 %. Contre la maison, la différence de niveau entre le dessus des lames et au moins un seuil d’entrée doit rester inférieure ou égale à 2 cm (accessibilité) ; viser 1 à 2 cm sous le seuil favorise l’écoulement de l’eau.
Pour allonger nettement la durée de vie, le guide décrit une « conception élaborée » qui cumule six critères :
- double lambourdage sous les joints en bout de lames ;
- profil de lame adapté (pente de 4 % au moins ou rainures de libération des contraintes en sous-face) ;
- cales de désolidarisation d’au moins 3 mm entre lames et supports ;
- bande de protection sur le dessus des lambourdes ou solives ;
- au moins 100 mm entre le sol et la sous-face des lambourdes ou solives, pour la ventilation ;
- assemblages de solives drainés et ventilés.
Lambourdes : entraxe et appuis
L’entraxe des lambourdes dépend de l’épaisseur et de la largeur des lames et de leur classe de résistance. Extrait du tableau du guide pour des lames sur 3 appuis, terrasse d’habitation :
| Lame (épaisseur × largeur) | C18 / D18 | C24 / D24 | D40 |
|---|---|---|---|
| 21–23 × 120 mm | 360 mm | 480 mm | 610 mm |
| 24–27 × 120 mm | 460 mm | 610 mm | 690 mm |
| 28–32 × 120 mm | 600 mm | 740 mm | 810 mm |
Pour une lame posée sur 2 appuis seulement, ces valeurs se réduisent de 15 %. Les lambourdes elles-mêmes reposent sur des appuis espacés de 70 cm au plus (3 appuis ou plus) ou de 60 cm au plus (2 appuis) ; au-delà, l’élément est une solive, dimensionnée comme une pièce de charpente. Les lambourdes se posent à une humidité comprise entre 18 et 22 %. Ces tableaux sont des valeurs de la norme pour des cas courants, pas un calcul : pour une terrasse surélevée ou une charge particulière, faites appel à un professionnel.
Le jeu entre les lames
Le bois gonfle à l’humidité et se rétracte en séchant. Selon le NF DTU 51.4, le jeu entre deux lames doit rester de 3 à 12 mm pendant toute la vie de la terrasse ; 15 mm sont tolérés par période de sécheresse extrême. Pour y parvenir, le guide préconise des cales dont l’épaisseur dépend de l’humidité des lames à la pose :
| Humidité des lames à la pose | Épaisseur de la cale |
|---|---|
| 12 à 17 % | 7 ou 6 mm |
| 18 à 22 % | 5 ou 4 mm |
| plus de 22 % (bois traités en autoclave uniquement) | 3 ou 2 mm |
Mesurez donc l’humidité des lames avant la pose. Le jeu en bout de lames est un point faible pour la durabilité ; il ne peut être réduit jusqu’à 1 mm que pour les bois naturellement très durables (classe 1 selon NF EN 350).
Fixation : vis inox, deux vis par appui, pré-perçage
Les lames sont le plus souvent vissées par le dessus. Le guide retient :
- Matériau : vis en acier inoxydable A2 ; A4 selon l’usage en ambiance agressive (bord de mer, milieu industriel). Avec le chêne ou le châtaignier, le guide proscrit toute protection à base de zinc, attaquée par les tanins.
- Type : vis à double filetage ou à filetage partiel sous tête, pour bien serrer la lame – jamais de vis à filetage total.
- Nombre : deux vis par croisement lame / lambourde dès 60 mm de largeur de lame ; en dessous, une vis, posée en quinconce.
- Diamètre : 5 mm pour des lames de 21 à 23 mm ; pour 24 à 27 mm, 5 mm si la masse volumique est inférieure à 600 kg/m³, sinon 6 mm ; 6 mm à partir de 28 mm.
- Pré-perçage : toujours aux extrémités des lames, toujours pour les feuillus, facultatif en partie courante pour les résineux ; les lambourdes se pré-percent si leur masse volumique atteint 600 kg/m³.
Les vis se posent verticalement, perpendiculaires à l’appui, sans dépasser sous la lambourde.
Entretien : deux nettoyages par an
Sans finition, le bois grisaillit en surface sous l’effet des UV, souvent dès les six premiers mois. Selon le guide, ce changement de teinte n’a aucune incidence sur la solidité ni sur la durabilité du bois. En revanche, un nettoyage soigneux deux fois par an est impératif : mousses, moisissures et dépôts rendent le platelage glissant. Il se fait à l’eau avec une brosse rigide non métallique, en dégageant aussi le fond des rainures. Une brosse rotative est possible, ainsi qu’un nettoyeur haute pression à puissance limitée, orienté à 90°, pour les bois durs (classes de dureté C et D) ; le nettoyage ne doit pas créer d’échardes.
Pour garder la teinte d’origine, il faut une finition adaptée et la renouveler régulièrement selon les indications du fabricant.
Faut-il une autorisation ?
Selon Service-Public.fr (fiche vérifiée le 20 novembre 2025), une terrasse de plain-pied, c’est-à-dire non surélevée ou très faiblement surélevée, est dispensée d’autorisation d’urbanisme – sauf en secteur protégé, où une déclaration préalable est demandée quelle que soit sa surface. Une terrasse surélevée ou couverte demande une déclaration préalable ou un permis de construire selon son emprise au sol et la situation du terrain :
| Terrain | Déclaration préalable | Permis de construire |
|---|---|---|
| en zone urbaine d’un PLU | jusqu’à 40 m² | plus de 40 m² |
| hors zone urbaine d’un PLU | jusqu’à 20 m² | plus de 20 m² |
Dans tous les cas, la terrasse doit respecter le plan local d’urbanisme (PLU) ; le service de l’urbanisme de la mairie en connaît les règles. Si le PLU ne prévoit pas de règle particulière, la terrasse se construit en limite de propriété ou à 3 m au moins de celle-ci. Si elle crée une vue chez le voisin, elle doit aussi rester à 1,9 m de la limite pour une vue sans se pencher et à 0,6 m pour une vue en se penchant, sauf accord écrit du voisin.
En Belgique, au Luxembourg et en Suisse, ce sont les règles régionales, communales ou cantonales qui s’appliquent.
Sources et référentiels
- France Bois Forêt – Guide de conception et de réalisation des terrasses en bois (NF DTU 51.4, FCBA, 2020)
- Lignum – Préservation du bois : classes d’emploi (SN EN 335) et durabilité (SN EN 350)
- Service-Public.fr – quelle autorisation d’urbanisme pour faire une terrasse ? (vérifié le 20/11/2025)
Les normes sont payantes et ne sont citées ici que pour vérification. Seule la version en vigueur sur le lieu de construction fait foi.